Le journaliste et écrivain Cheick Oumar Kanté livre ici un hommage à l’historien guinéen Djibril Tamsir Niane, mort à l’âge de 89 ans le 8 mars 2021.
DTN ! Pour Djibril Tamsir Niane et non pour le Directeur Technique National qu’il était après tout comme on dit en sport, avons-nous souvent plaisanté Daouda Niane, son fils et moi (Vous avez bien lu, on peut plaisanter avec les vraies éminences !°) quand il m’a associé moyennant deux contrats de trois mois en 1994 et en 1995 à la conception, à la création et au lancement de SORIBA, un magazine dédié aux jeunes. Ce, après avoir fait paraître en 1994 un manuel d’Éducation Civique dans une collection dénommée « Jeune Citoyen » dont les objectifs (procurer à l’enfant une précieuse documentation, l’éclairer, lui faire découvrir le mécanisme du jeu démocratique) sont clairement énoncés dans l’introduction.
« (…) L’éducation civique devient un impératif (…) Il s’agit pour l’essentiel d’enraciner dans l’esprit de l’enfant des idées simples mais fortes. La conquête de la liberté n’est jamais définitive ; chaque génération doit contribuer à sa consolidation. (…) La connaissance intime des institutions (…) nourrit en chaque enfant l’amour de la Nation et le respect des Droits de l’Homme. (…) Pour cela il s’agit de faire appel à (son) intelligence, à (sa) conscience et d’en faire un citoyen. »
DTN, c’est le paraphe qu’il apposait pendant notre collaboration aux bas des documents (information, consigne, bon à imprimer…) déposés sur mon bureau près du sien à la SAEC, sa Société Africaine d’Édition et de Communication. Agréables moments qui m’auront permis d’intervenir à nouveau en Guinée dans mes domaines de prédilection : la presse et l’édition pour la jeunesse après avoir été mis en 1988 dans l’impossibilité de continuer à publier mon magazine d’information sur l’école en Guinée, en Afrique et dans le monde, La Nouvelle école, deux ans après l’avoir créé, torpillé qu’il a été par toutes sortes de tracasseries.
La vie, l’œuvre et, plus encore, le décès de DTN interpellent. En tout premier lieu ceux d’entre les Guinéens qui se targuent encore d’être plus Guinéens que d’autres quand on sait que l’historien, lui, de père sénégalais et de mère malienne a toujours été présenté comme un des plus éminents historiens et écrivains… guinéens ! Nationalité qu’il a habitée et portée avec un si grand bonheur que l’ethnocentriste le plus buté ne saurait la lui récuser !
Dans ces circonstances, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a plutôt de l’indécence, pire une complicité de crime politique à se réclamer de la révolution sékoutouréenne en se rappelant qu’entre autres griefs constitués de bric et de broc et moult accusations fallacieuses de complots et d’intelligence avec l’ennemi, les vers qui suivent lui ont valu en 1961 trois ans de détention. Une des répliques volontairement provoquées pour décimer les rangs des élites accourues de toutes parts au secours de la Guinée indépendante après le séisme de la Grande Grève des Enseignants de 1960.
« Camarade, je ne comprends pas.
Moi, j’ai dit non.
Toi aussi.
Et le méchant colon est parti.
Liberté est venue à sa place
Escortée par Démocratie.
Responsabilité suivait d’un pas grave.
Moi, j’ai dit non.
Toi aussi.
Richesse est venue en cachette
Et dans ta gibecière s’est logée.
Près de moi resta Pauvreté.
S’accordant sur Dignité.
Et pourtant j’avais bien dit NON.
Toi aussi d’ailleurs. »